Rapatrier d’urgence l’ONU à Genève pour sauver le droit international
Parue dans la Tribune de Genève et le journal français Libération. Une tribune d’Alfonso Gomez, Delphine Klopfenstein Broggini, Nicolas Walder, Cyrielle Chatelain et Guillaume Gontard.
La décision de l’administration Trump de refuser l’octroi de visas aux représentants de l’Autorité palestinienne afin qu’ils assistent à la prochaine assemblée générale des Nations Unies à New York tout comme la réduction brutale des financements alloués aux institutions internationales fragilisent très profondément le multilatéralisme. Ce n’est pas un simple épisode diplomatique, mais bien une attaque frontale contre le droit international et l’égalité de traitement des peuples de la part d’une administration américaine en pleine dérive idéologique.
Celle-ci continue de soutenir le gouvernement israélien criminel de Benyamin Netanyahou et ses chantages de plus en plus inacceptables, en dépit de tous les principes. Rappelons que les États-Unis sont liés par un accord de siège avec les Nations Unies et que toute une série d’obligations sont prévues, dont celle de ne pas entraver la venue de représentants invités à participer aux sessions des Nations Unies.
Face à cette absence totale de respect des engagements pris, il est grand temps de réaffirmer que l’ONU ne peut dépendre des caprices d’un seul État hôte, fût-il militairement ou financièrement l’un des plus puissants. L’institution censée incarner l’universalité des nations ne peut être prisonnière de la politique intérieure américaine, notamment quand Washington décide unilatéralement de diminuer de plus de 80% sa participation financière aux programmes onusiens.
Genève
Le siège de l’ONU doit donc être garanti dans un lieu où l’accès est libre, la neutralité respectée et le financement assuré. Et ce lieu existe: c’est Genève. La Cité de Calvin est déjà la capitale mondiale du multilatéralisme, accueillant l’Office des Nations Unies à Genève (ONUG), le Conseil des droits de l’homme, l’OMS, le HCR, l’OIT, l’OMC et des centaines d’ONG. Elle est un carrefour humanitaire, diplomatique et scientifique, où se croisent quotidiennement des milliers de chefs d’État, diplomates, experts et acteurs de la société civile. Déplacer l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité à Genève reviendrait à donner à l’ONU la cohérence et la sécurité nécessaires pour pérenniser son avenir.
Un tel geste constituerait une réponse politique forte face à la folie actuelle de l’administration Trump. Le rapatriement du siège de l’ONU à Genève marquerait le refus de voir l’organisation otage d’un gouvernement américain qui en sape ses fondements. Cela permettrait aussi de redonner un rôle ambitieux et une nouvelle légitimité au continent européen comme acteur principal de la gouvernance mondiale qui garantisse la paix et la stabilité, au moment où la fragmentation internationale et les tentations impérialistes menacent d’emporter l’ensemble des acquis de 1945. Une fois le rôle universel de l’ONU garanti et pérennisé, il sera temps de mettre enfin en œuvre sa refondation afin de bien mieux prendre en compte les nouveaux équilibres du monde et de ses peuples, et d’imaginer de futures AG de l’ONU dans de grandes capitales du Sud global comme Nairobi, Delhi, Pretoria, Brasília, etc.
Bien sûr, un tel projet implique des négociations diplomatiques complexes et des investissements considérables, sans doute entre deux et quatre milliards de dollars pour un transfert complet du siège. Mais le coût de l’inaction, une ONU paralysée, affaiblie et discréditée, serait bien supérieur. Sans compter que le simple fait de privilégier une localisation européenne unique réduirait de manière significative l’empreinte carbone de l’organisation. Commencer par réimplanter l’ensemble des Nations Unies à Genève constitue ainsi non seulement le choix de la nécessaire neutralité politique, mais aussi le choix urgent de la responsabilité climatique.
Premiers signataires: Alfonso Gomez, maire de Genève, Delphine Klopfenstein Broggini, députée du canton de Genève au Conseil national, Nicolas Walder, député du canton de Genève au Conseil national, Benjamin Joyeux, journaliste et conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Cyrielle Chatelain, députée de l’Isère et présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale, Guillaume Gontard, sénateur et président du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires au Sénat